Le soleil est pour toi

  • Auteur : Jandy Nelson
  • Pages : 480
  • Genre : Contemporain jeune adulte

Résumé :

Lorsqu’ils ont 13 ans, Jude et Noah sont deux jumeaux très fusionnels. Ils sont tous les deux passionnés d’art, Noah de dessin, Jude de sculpture et de couture. Mais lorsqu’on les découvre trois ans plus tard, tout a changé. Noah et Jude ne sont plus les mêmes et ils ne se parlent plus. Peut-être à cause de l’arrivée de ce nouveau garçon en ville, Brian ou peut-être à cause de leur envie commune de rejoindre l’école d’art renommée à côté de chez eux.

Mon avis:

L’intrigue

L’intrigue est basée sur la découverte de la cause de ce froid entre Noah et Jude. Les points de vue sont alternés entre Noah à 13 ans, lorsqu’il rencontre Brian et qu’il tombe fou amoureux et Jude à 16 ans, qui est persuadée que les fantômes de son passé saccagent sa vie présente, et les sculptures qu’elle réalise à l’école d’art.

Mais ce roman est tellement plus que ça. On y parle d’à quel point les secrets peuvent détruire, même s’ils existent à la base pour protéger. De ce que la jalousie est prête à nous faire faire. De ce que l’on peut faire par amour, lorsque celui-ci dépasse l’entendement. Le soleil est pour toi est un roman unique qui parle d’amours avec un S. D’amour familial, d’amour passionnel, d’amour destructeur, d’amour sans limite.

L’écriture

L’écriture est tout simplement incroyable. Jandy Nelson a travaillé dans les moindres détails chaque tournure de phrase pour que chaque mot soit impactant et brûlant d’émotion. Ce sont les figures de style, les hyperboles, les métaphores qui font de ce roman un chef d’œuvre. Il n’y a pas de description anodine des sentiments des personnages parce qu’ils ne ressentent pas de manière modérée. Chaque sentiment est vécu comme une explosion, ce qui donne lieu à des tournures de phrases aussi évocatrices que magnifiques.

Lorsqu’on parle d’amour :

« Ma cécité ne dure qu’une seconde, après quoi les couleurs me bombardent – non par les yeux mais par la peau, remplaçant mon sang et mes os, mes muscles et mes ligaments, jusqu’à ce que tout devienne rougeorangebleuvertvioletjaunerougeorangebleuvertvioletjaune. »

« Ce qui s’est passé entre nous a colonisé jusqu’à la dernière cellule de mon cerveau. J’arrive à peine à nouer mes lacets. J’avais oublié comment on marchait, ce matin. »

« Je me sens comme un tsunami dans un gobelet en carton. »

Lorsqu’on parle de solitude et de regrets :

« Viens pour moi le moment de me réfugier dans mon abri secret, à l’intérieur de moi, et d’en refermer la porte. Car je n’ai pas l’intention d’en ressortir. Plus jamais. (AUTOPORTRAIT : sans titre) »

« Les histoires d’amour ne sont pas écrites pour les filles capables de faire ce que je venais de faire à mon frère, les filles au cœur noir. »

De la même manière, il n’y a pas de description anodine des personnages du roman non-plus. Ces descriptions ne sont pas faites d’un point de vue objectif. Le personnage qui décrit la personne en face de lui fait la description de son point de vue, avec ce qu’il ressent et ce qu’il vit sur le moment, ce qui donne lieu à des individus unique. Le lecteur doit traduire et fait travailler son imagination pour déchiffrer qui il a en face de lui.

« Dieu, il était super bourré quand il l’a créé. Un petit coup par-ci. Un petit coup par-là. Un œil marron. Un œil vert. Nez tordu, bouche tordue. Sourire de psychopathe. Dent cassée. Cicatrice ici, cicatrice là. Un puzzle. »

« Mais là encore, il ne réagit pas comme je m’y attendais. Il m’adresse le sourire le plus sincère que j’ai jamais vu chez lui, un sourire qui part de ses yeux et semble ne s’achever nulle part sur son visage. »

Les personnages

L’un des nombreux points qui font de livre l’un de mes préférés est la singularité des personnages et le travail que l’auteure a fait sur chacun d’eux.

A 13 ans, Noah est ce jeune adolescent en marge de sa ville. Il a peur de nager, dans une ville au bord de la mer où tout le monde fait du surf. Il aime peindre, refaire le monde, communiquer par télépathie avec sa sœur. Et puis il aime pour la première fois. Brian, son nouveau voisin qui lui fait perdre la tête, qui est comme lui, différent. Et a 16 ans, Noah est devenu son pire cauchemar. Il est devenu normal. Il a des amis, il va en soirée, il saute de la falaise de la mort, cette falaise qui donne sur la mer. Petit à petit, au cours de l’histoire, on démêle ce qui est arrivé et pourquoi il est devenu comme ça.

C’est lorsqu’il a 13 ans qu’on suit l’histoire du point de vue de Noah et qu’on apprend à connaitre comment il fonctionne. On y découvre qu’il possède ce musée invisible, qu’il garde secret au fond de sa tête et qu’il complète de peintures mentales qui montrent le monde tel qu’il le voit. Le suivre à travers sa quête identitaire, ses peurs, ses déceptions mais aussi ses joies et sa vie de tous les jours est un ascenseur émotionnel mais c’est aussi magnifique et terriblement immersif.

« Je t’aime », lui dis-je, mais il n’en sort que : « Salut. »

« A la folie », me répond-il, sauf qu’il n’en sort que : « Hé, bonsoir. » 

A 13 ans, Jude est pleine de vie, passionnée de surf, passionnée de sculpture et de mode, impatiente de grandir, un peu trop impatiente. A 16 ans, lorsqu’on est de son point de vue, Jude est transformée. Elle n’a plus d’amis. Elle s’est créé un boycott anti-garçons à base de tenues amples et de casquettes. Elle ne vit qu’à travers la bible de sa grand-mère décédée qui recèle de dictons et de conseils de vie loufoques. Elle est également persuadée qu’un fantôme sabote volontairement sa vie. Là encore, le cheminement de l’histoire nous amène jusqu’à l’élément déclencheur de ce changement brutal.

Alors qu’elle est menacée de devoir quitter son école d’art, Jude se voit lancée sur la trajectoire d’un sculpteur étrange et brisé par la vie. Elle rencontre par la même occasion Oscar, un jeune homme qui est persuadé qu’elle est la fille de sa prophétie. Vivre dans la tête de Jude est aussi drôle que mélancolique et une fois de plus, on ressent toutes les émotions qu’elle traverse comme si on y était. Sa culpabilité sans limite, sa phobie du monde qui l’entoure, sa lutte contre ses sentiments et contre qui elle est.

« Au cas où vous vous poseriez la question : non, les trèfles à quatre feuilles trafiqués à la colle, ça ne marche pas. »

« « Écris tes péchés sur des pommes encore accrochées aux branches ; quand elles tomberont, ta culpabilité et tes remords s’effaceront. » (Nous n’avons pas de pommiers à Lost Cove. J’ai essayé avec un prunier, un abricotier et un avocatier. Mes remords sont toujours là.) »

Il n’y a pas un personnage que j’ai préféré suivre. Ils étaient tous les deux incroyables et complexes et la répartition de parole entre les deux est brillamment faite. Ce serait trop long de développer les qualités des personnages secondaires mais ils sont tout aussi attachants et singuliers.

Note :

Je mets à ce livre un 20/20 sans la moindre hésitation. Je ne pense pas qu’il plaira à tout le monde mais si vous avez été touché par les citations que j’ai choisi d’intégrer alors il y a de fortes chances pour que ce livre soit un coup de cœur pour vous aussi. Et si vous avez lu des livres similaires à celui-ci, partagez-les-moi.

They both die at the end

  • Auteur : Adam SILVERA
  • Pages : 400
  • Genre : Contemporain jeune adulte
  • Représentation LGBTQ+

Résumé:

Que feriez-vous si vous receviez un appel vous annonçant que vous n’avez plus qu’une journée à vivre ? Dans ce présent alternatif, l’entreprise Deathcast a été créée pour appeler les personnes qui vont mourir dans les prochaines 24 heures. Mateo et Rufus, deux adolescents en pleine santé reçoivent cet appel le même jour et vont devoir décider, avec la peur de provoquer leur propre mort, de ce qu’ils vont faire de leur dernière journée.

Avis:

Intrigue

Suivre des personnages dont on sait qu’ils vont mourir à la fin est une expérience assez déroutante. Au fur et à mesure que le livre avance, et que l’on s’attache aux personnages, on en vient à se demander s’ils vont réellement mourir. On suit deux personnages. Rufus est un adolescent qui a perdu sa famille il y a peu dans un accident de la route et qui ne reconnait plus qui il est. Mateo a passé sa vie à avoir peur de faire ce qu’il voulait et qui préférait vivre au travers de livres ou de jeux vidéo. La collision des deux personnages et leurs aventures, condensées en seulement 24 heures, a été passionnante à lire. Les réflexions développées sur la vie et la mort mais aussi sur l’amitié et l’amour sont fortes et inspirantes. Jusqu’à la fin, on est happé par l’histoire et par l’envie grandissante que les choses se passent différemment cette fois.

Écriture

Le point de vue est alterné dans ce roman entre les deux personnages principaux. Il y a également des passages du point de vue d’autres personnages plus ou moins liés à l’histoire principale. J’ai aimé le fait qu’à chaque introduction de personnage, le texte commence par « il/elle ne va pas mourir aujourd’hui car il/elle n’a pas reçu l’appel de Deathcast ou inversement. Cela permet d’alterner les réactions, les points de vues sur la vie et la mort et d’alléger l’ambiance un peu lourde de la menace de mort imminente pesant sur Rufus et Mateo.

A chaque changement de personnage, le chapitre commence par annoncer l’heure qu’il est ce qui permet de se rendre compte du temps qui passe. Plus la journée avance et plus la peur grandit et l’urgence de faire quelque chose aussi.

Personnages

L’histoire se concentre principalement sur les personnages et leur évolution plutôt que sur l’action ce qui va parfaitement avec l’ambiance du livre. Plus on avance dans le livre, plus on apprend à connaitre Rufus, Mateo et les personnages qui gravitent autour d’eux et plus on a peur pour eux.

Rufus, qui a tout perdu en peu de temps, ne pense pas avoir peur de la mort et préfère vivre à fond sa dernière journée sans se préoccuper du reste. Pour lui, il vaut mieux annoncer à sa famille qu’il est mourant et ainsi profiter d’eux avant sa mort. Il vit en famille d’accueil avec trois autres personnages qu’il aime plus que tout et ne cherche qu’à leur dire au revoir une dernière fois lorsqu’il se retrouve séparé d’eux au début du roman.

Mateo est un peu l’inverse de Rufus. Il n’ose plus sortir de sa chambre à partir du moment où il reçoit l’appel et en vient à se demander s’il ne passerait pas plutôt sa dernière journée à faire ce qu’il a toujours fait : lire des livres de fantasy et jouer aux jeux vidéo. Il veut revoir sa meilleure amie une dernière fois mais sans lui dire qu’il est mourant car il veut l’épargner et profiter d’elle telle qu’elle est habituellement. Seul chez lui, il décide de s’inscrire sur l’application Last Friend pour parler de l’annonce de mort avec d’autres concernés ou au moins pour se sentir moins seul dans ce moment.

La dynamique entre Mateo et Rufus est belle, drôle, puissante, touchante. Avec cette optique qu’ils vont tous les deux mourir de toute façon, ils ne prennent pas la peine de se cacher des détails trop personnels ou de faire semblant d’être d’autres personnes, comme Mateo avait l’habitude de le faire.  Ainsi, ils accélèrent le processus de faire connaissance et deviennent proches très vite, ne prenant pas la peine de se dire que l’autre va le juger.

Le livre audio

Je ne suis pas très livre audio mais je dois avouer que celui-ci, disponible uniquement en anglais sur audible, a été une excellente expérience. Les deux personnages ont leur propre voix et une troisième narre les personnages secondaires. Ils font tous les trois un très bon travail de lecture et rendent le livre très immersif (voir un peu trop à la fin). J’ai été convaincu même si je pense qu’en livre papier, mon expérience aurait été tout aussi bonne. Je recommande pour ceux qui lisent en VO.

Note:

Je ne sais pas si ce livre est un coup de cœur car même si l’histoire est passionnante, ce n’était pas une de ces lectures qui changent une vie. Elle était intéressante et les réflexions justes et bien développées. Je donnerais à ce livre un 18/20 pour son addiction, ses personnages très réalistes et l’idée de départ qui était très bien exécutée selon moi. Si vous recherchez un livre rapide à lire, très bien écrit avec une belle histoire entre deux personnages qui se poussent vers le haut, ou que vous avez apprécié Aristote et Dante découvrent les secrets de l’univers, ce livre est fait pour vous.